Éleveuse de vaches allaitantes dans le Cantal et comportementaliste animalière reconnue, Pauline Garcia partage une vision du métier d’éleveur où la relation à l’animal occupe une place centrale. Rencontre avec une professionnelle dont le parcours et les innovations résonnent avec les thématiques portées par Agrinove.

Pauline Garcia. Crédit photo : Eric Senmartin
D’un plateau télé aux estives du Cézallier
Le parcours de Pauline Garcia commence loin des pâturages. Pendant douze ans, elle travaille dans les médias parisiens, comme assistante de production en radio et en télévision. Rien, dans son environnement familial, ne la prédestinait à l’agriculture : ses parents étaient enseignants et infographistes. C’est une reconversion progressive, passant par une formation de comportementaliste animalière à l’université de Rennes auprès d’une équipe d’éthologues, qui la conduit vers l’élevage.
Installée depuis 2015 hors cadre familial, elle a d’abord développé une double compétence, animale et humaine. « Je me suis aussi formée au comportement humain pour cibler rapidement quel éleveur j’ai en face de moi », explique-t-elle. Un éleveur perfectionniste et un profil plus opportuniste n’auront pas besoin des mêmes protocoles d’accompagnement : cette lecture fine des personnalités est devenue l’un des piliers de son approche pédagogique, aujourd’hui déployée dans des formations partout en France et à l’international, autour des chevaux, des vaches, des chèvres et des humains qui les entourent.
Le quotidien d’une éleveuse dans le Cantal
Avec son associé, Pauline Garcia conduit une centaine de vaches allaitantes et trois taureaux, en monte naturelle, sur le plateau du Cézallier, à 1 200 mètres d’altitude. De juin à novembre, les animaux vivent en extensif dans les estives, une saison marquée cette année par la difficulté d’assurer une hydratation permanente du troupeau. L’hiver, de décembre à mars, la vie se recentre autour de deux bâtiments : l’un pour les vêlages, l’autre pour les jeunes bovins d’un à deux ans, dont Pauline a la charge directe, « J’appelle ça l’école du veau » nous confie-t-elle.
L’objectif : rendre ces futures vaches reproductrices dociles, capables d’accepter des soins simples comme l’application d’une crème, l’examen d’un pied, sans contention systématique. Un travail relationnel qu’elle considère comme non négociable : « Des animaux facilitants, c’est plus de sécurité, plus de facilité dans le travail, plus de plaisir, des journées moins longues. » Selon elle, la qualité de cette relation influe directement sur la sérénité au sein de l’exploitation, y compris sur les rapports entre humains, souvent tendus par la gestion d’animaux difficiles.
L’éthologie, un changement de regard sur l’élevage
Pauline Garcia tient à distinguer son métier de celui de chercheuse : « Je suis comportementaliste animalière, je ne suis pas éthologue. » L’éthologue conduit la recherche scientifique sur le comportement animal ; la comportementaliste en vulgarise les enseignements sur le terrain, faisant le lien entre laboratoire et exploitation.
Cette discipline change fondamentalement la manière d’observer un animal. Là où l’humain projette parfois des intentions : « l’animal m’en veut, il a fait exprès de casser la barrière », l’approche éthologique interroge la motivation réelle du comportement : stress, pression sociale, besoin insatisfait. « Pour moi, l’éthologie est une discipline que devraient étudier tous les éleveurs dans leur formation d’installation », insiste-t-elle, non pas en opposition à la zootechnie, mais en complément.
Cette conviction l’a menée, dès 2013, à créer sa structure Etho-Diversité, d’abord pour un public local dans le Cantal. Les réseaux sociaux ont ensuite élargi son audience à des éleveurs de toute la France, en particulier des éleveuses confrontées, comme elle, à des relations professionnelles parfois marquées par le doute sur leur légitimité. Sa méthode, souvent testée par lots témoins sur les exploitations, produit des résultats visibles en quelques semaines et convainc, selon elle, plus efficacement que le discours : « Travaillez avec les animaux, et c’est les animaux qui vont parler à votre place. »

Pauline Garcia en formation terrain. Crédit photo : Eric Senmartin
Une définition concrète du bien-être de l’animal
Loin des formules toutes faites, Pauline Garcia propose une lecture opérationnelle du bien-être de l’animal, distinguant ce que l’éleveur peut maîtriser de ce qui échappe à son contrôle. L’environnement, l’alimentation, le confort de la litière et la qualité de sa relation avec l’animal relèvent de ses choix directs. En revanche, la hiérarchie et la pression sociale au sein du troupeau restent, par nature, hors de portée mais peuvent être atténuées par un environnement enrichi, notamment par la mise à disposition de brosses répondant au besoin de grattage des bovins.
« Le bien-être animal, c’est bien connaître les besoins fondamentaux de son cheptel et aménager l’environnement en conséquence », résume-t-elle, tout en rappelant que les animaux, particulièrement sensibles à l’état psychologique de l’éleveur, agissent comme de véritables « éponges émotionnelles ».
Le bien-être de l’éleveur, un angle mort à ne pas négliger
Pauline Garcia consacre une part croissante de son discours à un sujet qu’elle juge trop souvent relégué au second plan : le bien-être de celui ou celle qui élève. L’absence de frontière entre vie professionnelle et vie personnelle, l’exposition permanente aux aléas (sécheresse, incendies, crises sanitaires…) pèsent sur la santé physique et morale des éleveurs. Elle établit un parallèle avec les métiers d’intervention d’urgence : « Un éleveur, c’est l’équivalent d’un pompier, d’un soldat. C’est quelqu’un qui doit avoir un corps armé physiquement pour encaisser le travail, mais aussi les crises. »
Face à la « culture du malheur » qu’elle observe souvent dans le monde agricole, elle plaide pour un changement de regard, davantage tourné vers la gratitude, et pour une meilleure préparation des personnes en reconversion professionnelle vers l’élevage, souvent sous-informées des réalités du métier.
Le BoviSens®, une innovation pensée pour le bien-être du veau
Interrogée sur ses travaux récents, Pauline Garcia met en avant une innovation développée avec l’équipementier Bioret Agri : le BoviSens®. Ce dispositif d’enrichissement modulable répond à un constat de terrain : les veaux, notamment ceux sevrés précocement, disposent d’un environnement trop pauvre pour satisfaire leur besoin exploratoire. Faute de stimulation adaptée, certains reportent leur besoin de succion sur leurs congénères, une pratique qui peut endommager les trayons et compromettre, à terme, la traite.
Conçu comme un objet évolutif sollicitant l’ensemble des sens du veau, le BoviSens® sera prochainement proposé à la vente sur le site internet en préparation de Pauline Garcia, aux côtés d’une plateforme de contenus vidéo destinée à accompagner les éleveurs sur des situations concrètes de gestion de troupeau.
Une vision de l’innovation agricole tournée vers le vivant
Autrice de trois ouvrages parus aux éditions France Agricole, consacrés au bien-être de l’éleveur, au bien-être animal et aux concours bovins, Pauline Garcia partage désormais son expertise auprès d’un public agricole en pleine évolution. Son témoignage rappelle que l’innovation agricole ne se limite pas aux outils technologiques : elle passe aussi par une meilleure compréhension du vivant, humain et animal, une conviction qui rejoint pleinement les enjeux portés par l’écosystème Agrinove.
Retrouvez ces enjeux au Forum Agrinovembre
Si Pauline Garcia ne pourra malheureusement pas intervenir elle-même lors de l’édition 2026 du Forum Agrinovembre, sa méthode sera bien présentée grâce à Audrey Thonnat, éleveuse en Haute-Loire et ambassadrice d’Etho-Diversité, formée directement auprès de Pauline Garcia. Audrey Thonnat participera à la table ronde consacrée au bien-être de l’animal et de l’éleveur, où elle partagera son expérience concrète de mise en application de ces méthodes sur son exploitation. Une occasion pour les participants du Forum, dont la thématique 2026 est justement « Innovations et Élevages », d’échanger directement avec une éleveuse qui a transformé sa pratique grâce à l’éthologie.
Pour assister au forum Agrinovembre du mardi 17 novembre 2026 autour de la thématique « Innovations et Élevages », vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire grâce au lien suivant :
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